par Charles Boileau

Vous avez entendu parler des LUTs? Il est fort à parier que oui. Les Look Up Tables (tables de correspondance, en français) sont devenues un outil quasi indispensable dans le monde de l’étalonnage numérique et des effets visuels. Voici un petit résumé de l’utilisation que nous pouvons en faire.

Depuis longtemps les grandes boites de postproduction se servent de la LUT pour la calibration ainsi que pour la prévisualisation de pellicule de distribution. Ce processus est de moins en moins utilisé mais, il est important de le connaitre pour approfondir notre connaissance des LUTs. Pour calibrer et pré-visualiser, il faut tout d’abord connaitre les caractéristiques de notre écran ou projecteur. On doit créer son profil… Cette étape se fait à l’aide d’un logiciel de profil/création de LUT et une sonde. Essentiellement, on fait défiler des couleurs et celles-ci sont enregistrées par la sonde et interprétées par le logiciel. Une fois le processus fait, il est plus facile de prendre les couleurs représentées en X (soit le profil) et les transformer en Y (une calibration ou une prévisualisation). Ça semble assez simple mais, dans les faits, c’est un peu plus compliqué.

C’est à ce moment où la LUT vient faire tout son travail, car cette transformation réside en elle. Mais, pour en arriver à nos fins, on doit considérer 2 choses : Dans quel espace couleur sont mes images? Où ais-je besoin de les amener? Par exemple, nous tournons un film en Alexa Log-C et ce projet est destiné à être distribué en film… Cette pellicule de distribution a ses propres caractéristiques qui doivent être représentées lors de l’étape de l’étalonnage. Ce processus est la chasse gardée des grandes boite de postproduction car seules elles connaissent le profil des chimies et de la pellicule. Une fois tout le processus fait, nous n’avons qu’à ajouter cette calibration au projecteur et nous avons un aperçu assez fidèle du résultat final dans les cinéma analogique. Et, attention, cette modification n’est que pour les yeux de l’étalonneur. Les images doivent être rendues sans la LUT de prévisualisation.

Essentiellement les LUTs travaillent les traductions d’espace couleur. Et celles-ci peuvent être à des fins technique et créatives. Par exemple, nous avons un projet originalement destiné pour la télé… Notre projet est donc étalonné en REC709 en encodage RGB. Les producteurs décident de faire une sortie pour le cinéma. Elle sera préparée en DCP (Digital Cinema Package) qui lui est régi par un espace couleur différent : DCI-P3* en encodage XYZ. Essentiellement, si on prend la version REC709 et qu’on la présente sur un projecteur de cinéma, aux normes DCI, les couleurs seront un peu décontrastées, désaturées et quelques peu vertes. Il faut donc convertir l’espace couleur à l’aide d’une LUT. En somme, cette LUT convertira la température de couleur, les nouvelles coordonnées de l’espace couleur, le gamma et l’encodage des couleurs de RGB à XYZ.

Finalement, l’outil créatif. Les sources en LOG (telles que la Alexa ou la Red) sont souvent assez difficiles à étalonner. Du moins, il est difficile d’en extraire tout leur potentiel de couleur. À la base le LOG servait à représenter tous les niveaux de lumière et couleurs de la pellicule en format numérique. Le LOG est essentiellement une courbe de gamma qui était appliquée à un format de fichiers tel que le DPX (explication un peu simplifiée qui pourra faire l’objet d’un prochain billet). Il est donc nécessaire pour réimprimer les images en film. Ce processus est resté car il s’avérait être un moyen efficace de faire de l’étalonnage numérique. Une sorte de base absolue de l’image. Mais, comme vous le savez sans doute, les images peuvent être assez désaturées et décontrastées. Pas évident d’y remettre de la vie. Voilà où la LUT film vient faire son travail. En appliquant cette traduction, nous pouvons avoir une représentation quasi parfaite d’une pellicule en format numérique. Le LOG se transforme et on obtient soudainement une profondeur que l’on peut mieux apprécier. Il ne reste plus qu’à faire le travail d’étalonnage. Mais, attention, dans ce cas-ci on doit laisser la LUT en place lors de l’export des images.

Voilà, nous avons fait le tour un peu rapidement. Ce texte se veut une introduction au monde des LUTs. Nous aurons sans doutes la chance de couvrir le sujet plus en détail.

* Le DCI (Digital Cinema Initiative) est un organisme qui régit l’ensemble de la distribution numérique à travers le monde. Il a été créé par les grands studios américains à l’avènement du cinéma numérique.